La propulsion vélique — l'utilisation du vent pour propulser ou assister la propulsion d'un navire — connaît un renouveau technologique majeur. Loin de l'image du voilier traditionnel, les systèmes modernes de propulsion éolienne utilisent des voiles rigides automatisées, des rotors à effet Magnus, des ailes articulées ou des cerfs-volants de traction. Appliqués aux navires côtiers de passagers, ces dispositifs permettent de réduire la consommation de carburant de 10 à 30 % selon les conditions de vent et le type d'installation[1].
Données clés
La propulsion vélique est principalement utilisée en complément d'une motorisation principale (hybride vent-moteur). Les gains de consommation varient de 5 à 30 % selon la technologie, la route et les conditions météorologiques. Quatre grandes familles de technologies coexistent : voiles rigides, rotors Flettner, kites et ailes articulées.
Les technologies disponibles
Voiles rigides (wingsails)
Les voiles rigides sont des structures verticales profilées, semblables à des ailes d'avion placées à la verticale sur le pont du navire. Elles sont automatiquement orientées par rapport au vent par un système de capteurs et d'actionneurs. L'entreprise française Ayro (ex-Ayro Sailing) développe l'Oceanwings, un système de voiles rigides articulées déjà testé sur des navires de charge et adaptable aux ferries.
Rotors Flettner
Les rotors Flettner sont des cylindres verticaux en rotation qui exploitent l'effet Magnus pour générer une force de poussée perpendiculaire au vent. Leur avantage est leur compacité et leur automatisation complète — aucune manœuvre humaine n'est nécessaire. La société finlandaise Norsepower a équipé plusieurs navires de charge et ferries, avec des gains de consommation documentés de 5 à 25 %[2].
Kites (cerfs-volants de traction)
Les kites maritimes sont de grands cerfs-volants (100 à 1 000 m²) déployés à haute altitude (100 à 300 m) où les vents sont plus forts et plus réguliers. L'entreprise française Airseas (spin-off d'Airbus) développe le Seawing, un kite automatisé de 500 m² pour navires de charge. L'adaptation aux ferries côtiers est envisageable mais pose des contraintes d'espace et de sécurité dans les zones portuaires.
Ailes articulées
Les ailes articulées sont des structures hybrides entre la voile souple et la voile rigide, offrant un bon compromis entre performance et facilité de rangement. Le chantier Zéphyr & Borée développe des solutions d'ailes pour navires de charge, avec des perspectives d'adaptation au transport de passagers.
Pertinence pour le transport côtier
La propulsion vélique est particulièrement pertinente en complément d'une motorisation hybride diesel-électrique pour les traversées de moyenne distance. Les navettes urbaines courtes n'en bénéficient pas (traversées trop courtes pour déployer un système éolien), mais les ferries opérant sur les liaisons insulaires de 30 à 90 minutes disposent de conditions favorables, notamment sur la façade atlantique où les vents sont réguliers.
La filière française
La France dispose d'un écosystème industriel remarquable dans la propulsion vélique : Ayro (voiles rigides), Airseas (kites), Zéphyr & Borée (ailes articulées), Wisamo (voiles gonflables, spin-off de Michelin). Le plan France 2030 soutient le développement de ces technologies à travers des appels à projets dédiés. La filière est soutenue par le GICAN et le pôle de compétitivité Mer[3].