La flotte française de transport maritime côtier de passagers fait face à un défi de renouvellement sans précédent : 42 navires sont inscrits dans un plan de remplacement d'ici 2040. Ce renouvellement est à la fois une nécessité technique — nombre de navires en service approchent ou dépassent leur durée de vie optimale — et une opportunité historique d'accélérer la transition écologique du secteur[1].

L'enjeu en résumé

42 navires côtiers de passagers doivent être renouvelés d'ici 2040 en France. Le coût unitaire d'un ferry côtier neuf à propulsion hybride ou électrique se situe entre 15 et 40 millions d'euros selon la taille. Ce plan représente un investissement total de l'ordre de 800 millions à 1,5 milliard d'euros et une opportunité majeure pour les chantiers navals français.

État des lieux de la flotte

La flotte côtière française comprend des navires de types très divers : ferries rouliers (ro-pax) pouvant embarquer passagers et véhicules, vedettes à passagers rapides, navettes urbaines, et bacs de traversée. L'âge moyen varie considérablement selon les lignes : certains navires construits dans les années 1980-1990 sont encore en service, tandis que d'autres lignes bénéficient de navires récents.

Le vieillissement de la flotte entraîne des coûts de maintenance croissants, des consommations de carburant supérieures aux standards actuels, des normes d'accessibilité PMR difficiles à respecter sur des navires conçus avant la réglementation en vigueur, et des motorisations exclusivement diesel incompatibles avec les objectifs de décarbonation.

Le calendrier de renouvellement

Le plan de renouvellement prévoit un échelonnement sur la période 2025-2040. Les premiers navires concernés sont ceux dont l'état technique impose un remplacement à court terme, et ceux opérant dans des zones sensibles sur le plan environnemental (parcs naturels marins, zones Natura 2000). La priorisation tient également compte de l'échéance des contrats de DSP : le renouvellement d'un navire est souvent lié au lancement d'une nouvelle délégation de service public.

Le choix des propulsions

Le renouvellement de la flotte est indissociable du choix de la propulsion. Les propulsions alternatives disponibles pour les navires côtiers incluent l'électrique pur (batteries), l'hybride diesel-électrique, l'hydrogène (pile à combustible), le GNL/bioGNL, et les solutions véliques en complément.

Le choix dépend du profil de la ligne : les traversées courtes (moins de 30 minutes) se prêtent bien à la propulsion électrique pure avec recharge au port. Les lignes plus longues nécessitent des solutions hybrides ou hydrogène. Le retour d'expérience international — notamment norvégien avec plus de 70 ferries électriques ou hybrides en service — guide les choix français[2].

Le financement

Le coût d'un navire côtier neuf à propulsion propre est significativement supérieur à celui d'un navire diesel conventionnel : de 20 % à 50 % de surcoût selon la technologie. Le financement du verdissement mobilise plusieurs mécanismes : subventions ADEME (fonds chaleur, appels à projets décarbonation), fonds européens (CEF Transport, FEDER), aides régionales, prêts verts de la Banque des Territoires, et le leasing naval[3].

La question du portage est centrale : qui achète le navire ? Dans le modèle d'affermage (le plus courant), c'est la collectivité qui est propriétaire. Dans le modèle de concession, c'est l'armateur. Le choix impacte directement la durée du contrat, le coût pour les finances publiques, et le risque porté par chaque partie.

L'enjeu industriel

Le renouvellement de 42 navires représente une opportunité industrielle majeure pour les chantiers navals français. Piriou (Concarneau), Socarenam (Boulogne-sur-Mer), Ocea (Les Sables-d'Olonne), et les Constructions Mécaniques de Normandie font partie des acteurs capables de répondre à cette demande. La construction de navires à propulsion propre nécessite également le développement de compétences nouvelles : intégration de systèmes de batteries, piles à combustible, gestion thermique embarquée[4].