Le verdissement de la flotte maritime côtière française nécessite des investissements considérables : un ferry côtier neuf à propulsion hybride ou électrique coûte entre 15 et 40 millions d'euros, soit 20 à 50 % de plus qu'un navire diesel conventionnel. Plusieurs mécanismes de financement publics et privés existent pour accompagner cette transition[1].

Point technique

Le financement du verdissement mobilise cinq sources principales : les aides ADEME (appels à projets décarbonation), les fonds européens (CEF Transport, FEDER), la Banque des Territoires (prêts verts), les budgets des collectivités (autorités organisatrices), et le leasing naval vert. Le cumul de ces aides peut couvrir jusqu'à 40-60 % du surcoût environnemental.

Les aides ADEME

L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) propose plusieurs dispositifs applicables au verdissement des navires côtiers. Le Fonds Chaleur peut financer les infrastructures de recharge électrique à quai. Les appels à projets « Décarbonation de l'industrie » et « Écosystèmes de mobilité » peuvent inclure des projets de navires à propulsion propre[2].

Les fonds européens

Au niveau européen, le Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe (CEF Transport) finance des projets d'infrastructure de transport durable, y compris les infrastructures portuaires d'accueil des navires propres (bornes de recharge, stations hydrogène). Le FEDER (Fonds européen de développement régional) peut cofinancer des investissements de transport durable dans le cadre des programmes opérationnels régionaux. Le programme Horizon Europe soutient la R&D sur les technologies de propulsion maritime[3].

Le règlement FuelEU Maritime, entré en vigueur en 2025, impose une réduction progressive de l'intensité carbone des carburants maritimes, créant une incitation réglementaire forte à investir dans des propulsions propres.

La Banque des Territoires

La Banque des Territoires (groupe Caisse des Dépôts) propose des prêts à taux bonifiés pour les investissements de transition écologique des collectivités. Les régions et départements, en tant que propriétaires des navires dans le modèle d'affermage, peuvent mobiliser ces prêts pour financer l'acquisition de ferries propres avec des durées d'amortissement longues (15 à 25 ans) et des taux inférieurs au marché.

Le leasing naval vert

Le leasing (crédit-bail) naval permet à un armateur ou une collectivité de financer un navire neuf sans mobiliser l'intégralité du capital en amont. Le navire est financé par un bailleur (banque, société de leasing) et mis à disposition de l'exploitant contre des loyers. Des formules de leasing « vert » intègrent des bonifications de taux liées à la performance environnementale du navire.

Les budgets des collectivités

Les autorités organisatrices de la mobilité (régions, départements, intercommunalités) financent directement une partie des investissements via leurs budgets d'investissement. La part du surcoût environnemental non couverte par les aides externes reste à la charge de la collectivité, ce qui pose des arbitrages budgétaires significatifs pour les territoires les plus dépendants du transport maritime.

Cumulabilité des aides

Les différentes sources de financement sont en partie cumulables, dans la limite des règles européennes d'encadrement des aides d'État. Un projet type peut combiner une aide ADEME (10-20 % du surcoût), un cofinancement FEDER (20-30 %), un prêt bonifié Banque des Territoires, et un autofinancement de la collectivité. Le montage financier optimal dépend du statut juridique du projet (DSP, régie, marché public) et du calendrier des appels à projets.