Un navire électrique est un bâtiment propulsé exclusivement par des moteurs alimentés par des batteries rechargeables, sans moteur thermique de secours pour la propulsion principale. En France, le déploiement de navires de passagers 100 % électriques a débuté au début des années 2020, avec une accélération prévue dans le cadre du plan de renouvellement de 42 navires d'ici 2040.
Vue d'ensemble
La France compte encore peu de navires à passagers 100 % électriques en service, mais plusieurs projets sont en cours ou en commande. Le pionnier est le Ar Vag Tredan, navette électrique de la rade de Lorient. Le retour d'expérience norvégien (plus de 70 ferries électriques ou hybrides) guide les choix français.
Les navires en service
Ar Vag Tredan — Lorient
Mis en service par le réseau CTRL (Compagnie de Transports de la Région Lorientaise), le Ar Vag Tredan est une navette à passagers 100 % électrique assurant la traversée de la rade de Lorient entre Lorient et Locmiquélic. D'une capacité d'environ 120 passagers, elle effectue des traversées de 7 minutes avec recharge rapide au port entre chaque rotation. C'est le premier navire à passagers entièrement électrique à entrer en service commercial en France.
Les projets en cours
Rade de Toulon
Le réseau Mistral (métropole Toulon Provence Méditerranée) exploite l'un des services de navettes maritimes urbaines les plus fréquentés de France. Le renouvellement de la flotte avec des navettes électriques ou hybrides est inscrit dans le plan de mobilité de la métropole. L'infrastructure de recharge à quai est en cours de dimensionnement.
Bassin d'Arcachon
Les traversées du Bassin d'Arcachon, exploitées par le réseau BAIA, constituent un candidat naturel à l'électrification : traversées courtes, zone environnementale sensible (Parc naturel marin), et forte saisonnalité qui permet de dimensionner la recharge pour la pointe estivale.
Îles du Ponant
Plusieurs compagnies opérant vers les îles du Ponant étudient des navires hybrides ou électriques pour les traversées les plus courtes (Bréhat, Île-aux-Moines, Arz). La contrainte principale est l'autonomie nécessaire pour les traversées plus longues (Ouessant, Belle-Île), qui oriente plutôt vers des solutions hybrides ou hydrogène.
Les défis techniques
L'électrification des navires côtiers pose des défis spécifiques par rapport aux véhicules terrestres. Le poids des batteries est un enjeu critique : sur un navire, chaque tonne supplémentaire augmente le tirant d'eau et la consommation. Le refroidissement des batteries en environnement marin nécessite des systèmes dédiés. La recharge rapide à quai (10 à 20 minutes entre deux rotations) demande une puissance électrique importante, pouvant nécessiter des renforcements du réseau électrique portuaire.
Le modèle norvégien
La Norvège est le leader mondial du ferry électrique, avec plus de 70 unités en service ou en commande. Le programme national Grønt Skipsfartsprogram (Green Shipping Programme) a démontré que l'électrification des ferries côtiers est techniquement mature, économiquement viable sur le cycle de vie (TCO inférieur au diesel grâce aux économies de carburant et maintenance), et populaire auprès des usagers (réduction du bruit, confort de traversée)[1].