Le bilan carbone d'un mode de transport mesure ses émissions de gaz à effet de serre par unité de transport — typiquement en grammes de CO₂ équivalent par passager-kilomètre (gCO₂e/pkm). Pour les liaisons maritimes côtières, ce bilan dépend fortement du type de navire, de son taux de remplissage, de sa motorisation et de la distance parcourue[1].

Données clés

Un ferry côtier diesel émet en moyenne 100 à 250 gCO₂e/pkm selon sa taille et son taux de remplissage. Une voiture individuelle sur le même trajet routier émet 100 à 200 gCO₂e/pkm. Le car (autobus) émet 30 à 50 gCO₂e/pkm. Un ferry électrique descend sous les 20 gCO₂e/pkm. Le gain écologique du maritime dépend donc fortement de la technologie du navire.

Les facteurs d'émission de référence

La Base Carbone de l'ADEME fournit les facteurs d'émission de référence pour les différents modes de transport en France. Pour le transport maritime de passagers, les émissions varient selon la catégorie de navire : un ferry roulier (ro-pax) avec véhicules embarqués a un bilan par passager différent d'une vedette à passagers sans véhicules[2].

Comparatif par mode

Mode de transportgCO₂e/pkmConditions
Ferry côtier diesel (bien rempli)100 – 150Taux remplissage > 60 %
Ferry côtier diesel (faible remplissage)200 – 350Hors saison, taux < 30 %
Ferry côtier hybride60 – 100Mode électrique en port
Ferry côtier électrique5 – 20Électricité bas-carbone française
Voiture individuelle100 – 2001,2 passager en moyenne
Autocar / bus interurbain30 – 50Taux remplissage moyen
Train régional (TER)5 – 30Traction électrique

Le rôle du taux de remplissage

Le facteur le plus déterminant du bilan carbone d'un ferry est son taux de remplissage. Un navire consomme presque autant de carburant à vide qu'à plein (contrairement à une voiture). Quand un ferry de 400 places transporte 50 passagers en janvier, son bilan par passager est catastrophique. Quand il transporte 380 passagers en août, il devient compétitif avec la voiture individuelle. C'est pourquoi la saisonnalité est un enjeu clé du bilan environnemental du secteur.

L'avantage du mix électrique français

La France bénéficie d'un mix électrique très décarboné (environ 50 gCO₂/kWh en moyenne, contre 300 à 500 dans la plupart des pays européens), grâce à la part importante du nucléaire et des renouvelables. Cela confère un avantage considérable aux navires électriques français par rapport à leurs homologues opérant dans des pays au mix électrique plus carboné. Un ferry électrique rechargé en France émet 5 à 10 fois moins de CO₂ que le même navire rechargé en Allemagne ou au Royaume-Uni[3].

Au-delà du CO₂

Le bilan environnemental du transport maritime ne se limite pas au CO₂. Les moteurs diesel marins émettent également des oxydes d'azote (NOx), des oxydes de soufre (SOx), et des particules fines (PM2.5), avec des impacts directs sur la qualité de l'air des ports et des zones côtières. Les propulsions alternatives — électrique, hydrogène — suppriment totalement ces polluants locaux, ce qui représente un gain sanitaire majeur pour les riverains des ports.

Le transport de véhicules : un facteur aggravant

Les ferries rouliers, qui embarquent des voitures en plus des passagers, présentent un bilan carbone dégradé car le poids des véhicules augmente considérablement la consommation du navire. Les passages d'eau qui favorisent l'embarquement piéton ou cycliste — comme les navettes urbaines — offrent un bien meilleur bilan que les ferries à véhicules. C'est un argument fort en faveur de l'intermodalité vélo-navire.