Le renouvellement de 42 navires côtiers d'ici 2040 représente une opportunité industrielle majeure pour les chantiers navals français. La construction de ferries et navettes à propulsion propre — électrique, hybride, hydrogène — nécessite des compétences nouvelles et des investissements dans les outils de production. La France dispose d'un tissu de chantiers navals de taille intermédiaire particulièrement bien positionnés pour répondre à cette demande[1].

L'essentiel

La France compte une dizaine de chantiers navals capables de construire des navires de passagers côtiers. Piriou (Concarneau), Socarenam (Boulogne-sur-Mer), Ocea (Les Sables-d'Olonne) et CMN (Cherbourg) sont les principaux acteurs. Le plan de renouvellement représente un carnet de commandes potentiel de 800 millions à 1,5 milliard d'euros sur 15 ans.

Les principaux chantiers

Piriou (Concarneau)

Spécialiste des navires de travail et de passagers de 20 à 120 mètres, Piriou a une expérience reconnue dans la construction de ferries côtiers et de vedettes à passagers pour les compagnies françaises. Le chantier développe des compétences en intégration de propulsions hybrides et électriques.

Socarenam (Boulogne-sur-Mer)

Chantier historique du nord de la France, Socarenam construit des navires de passagers, des remorqueurs et des navires de servitude. Il a livré plusieurs vedettes à passagers pour les liaisons côtières françaises et développe une expertise en construction aluminium légère adaptée aux navettes électriques.

Ocea (Les Sables-d'Olonne)

Spécialiste de la construction en aluminium, Ocea produit des navires de 12 à 85 mètres — vedettes à passagers, patrouilleurs, navires de servitude. Sa maîtrise de l'aluminium est un atout pour les navires électriques où le poids est un facteur critique.

CMN — Constructions Mécaniques de Normandie (Cherbourg)

Historiquement positionné sur les navires militaires et les grands yachts, CMN diversifie son activité vers les navires de transport civil, avec des capacités adaptées aux ferries de grande taille.

Nouvelles compétences requises

La transition vers les propulsions propres impose aux chantiers navals de développer des compétences dans l'intégration de systèmes de batteries maritimes (dimensionnement, gestion thermique, sécurité), les systèmes de piles à combustible hydrogène, l'architecture électrique haute tension embarquée, et le design optimisé pour la réduction de la résistance hydrodynamique (efficacité énergétique). Ces compétences sont souvent acquises en partenariat avec des équipementiers spécialisés (ABB, Siemens Energy, Corvus Energy, PowerCell)[2].

Enjeux de souveraineté industrielle

La construction des navires côtiers français en France est un enjeu de souveraineté industrielle et de maintien des compétences. La concurrence des chantiers turcs, polonais et asiatiques est forte sur les prix, mais la proximité géographique, la maîtrise des normes françaises (Division 190) et la capacité de suivi technique post-livraison sont des avantages compétitifs des chantiers nationaux. Le GICAN (Groupement des Industries de Construction et Activités Navales) porte cette ambition de filière[3].