La décarbonation du transport maritime côtier n'est plus une perspective théorique — elle est une réalité opérationnelle dans plusieurs pays. La Norvège, le Danemark, le Japon et l'Écosse ont pris une avance considérable, avec des dizaines de ferries électriques et hybrides en service commercial. Ces retours d'expérience sont essentiels pour la France, qui s'engage dans le renouvellement de 42 navires côtiers d'ici 2040[1].

Données clés

La Norvège compte plus de 70 ferries électriques ou hybrides en service, le Danemark a lancé le E-Ferry (traversée de 22 milles nautiques en tout-électrique), le Japon teste le e5 (premier ferry tout-électrique japonais). Les retours montrent un TCO (coût total de possession) inférieur au diesel sur 25 ans grâce aux économies de carburant et de maintenance.

Norvège : le laboratoire mondial

La Norvège est le pays le plus avancé au monde dans l'électrification des ferries. Le MF Ampere, mis en service en 2015 par Norled sur le fjord de Sognefjorden, a été le premier ferry 100 % électrique au monde. Depuis, le mouvement s'est accéléré : en 2026, plus de 70 ferries électriques ou hybrides opèrent sur les fjords et les côtes norvégiennes. Le gouvernement norvégien impose depuis 2023 que tous les nouveaux contrats de ferry côtier exigent une propulsion zéro émission ou à faibles émissions.

Le programme Grønt Skipsfartsprogram (Green Shipping Programme) coordonne la transition en associant armateurs, chantiers navals, équipementiers et autorités portuaires. Les résultats sont probants : réduction de 80 % des émissions de CO₂ sur les lignes électrifiées, baisse du coût d'exploitation de 30 à 50 % (carburant + maintenance), réduction du bruit de 80 %, et satisfaction élevée des passagers et des équipages[2].

Danemark : le record de distance

Le projet E-Ferry, cofinancé par le programme Horizon 2020 de l'UE, a donné naissance au Ellen — un ferry tout-électrique capable de parcourir 22 milles nautiques (40 km) sur une seule charge. Mis en service en 2019 sur la liaison Søby-Fynshav, il a démontré que la propulsion électrique n'est pas limitée aux traversées très courtes. Sa batterie de 4,3 MWh (la plus grande installée sur un ferry à cette date) est rechargée en 25 minutes au port[3].

Japon : l'e5

Le Japon a mis en service en 2022 le e5 (prononcé « e-five »), premier ferry tout-électrique du pays, sur la baie de Tokyo. Ce navire de 60 mètres, construit par le chantier Onomichi Dockyard, utilise des batteries lithium-ion d'une capacité de 2,8 MWh. Le gouvernement japonais prévoit l'électrification progressive de sa flotte côtière dans le cadre de sa stratégie Green Growth.

Écosse : CalMac et la transition des Highlands

L'opérateur écossais CalMac, qui dessert les îles des Hébrides et les Highlands, a engagé un programme de renouvellement de sa flotte avec des navires hybrides. Le MV Hallaig et le MV Lochinvar, ferries hybrides diesel-électrique, opèrent depuis 2013 avec des réductions d'émissions de 20 à 30 %. L'Écosse vise une flotte zéro émission pour ses ferries côtiers d'ici 2045.

Leçons pour la France

Ces expériences internationales montrent que la transition est techniquement mature pour les traversées courtes et moyennes (jusqu'à 40-60 minutes), que le TCO (coût total de possession) favorise l'électrique sur 20-25 ans malgré un investissement initial supérieur, que l'infrastructure de recharge portuaire est l'investissement critique (souvent plus complexe que le navire lui-même), et que le cadre contractuel des DSP doit être adapté pour intégrer les surcoûts d'investissement et les économies d'exploitation.