Le plan national de décarbonation du transport maritime
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La France a adopté en 2023 une stratégie nationale de décarbonation du transport maritime, déclinée dans la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) et le plan d'action du Fontenoy du maritime. L'objectif : réduire d'au moins 20 % les émissions du transport maritime d'ici 2030, de 70 % d'ici 2040, et atteindre la neutralité carbone en 2050, conformément à la stratégie GHG révisée de l'OMI (2023)[1].
Point technique
Le plan s'appuie sur trois leviers : l'efficacité énergétique des navires existants (sobriété, retrofit), le renouvellement de la flotte par des navires à propulsions propres, et le développement des infrastructures portuaires d'avitaillement en énergies vertes (shore power, hydrogène, bioGNL).
Contexte réglementaire européen
Le plan national s'inscrit dans le cadre des réglementations européennes : FuelEU Maritime (obligation de réduction progressive de l'intensité carbone des carburants), extension de l'EU ETS au maritime (marché carbone), et directive AFIR (infrastructure de carburants alternatifs dans les ports). Ces réglementations créent un cadre contraignant qui accélère la transition[2].
Actions pour le transport côtier
Le transport côtier de passagers est identifié comme un secteur prioritaire : les traversées courtes se prêtent à l'électrification, les navires sont de taille compatible avec les technologies matures (batteries, hydrogène), et les collectivités sont des commanditaires publics capables d'imposer des critères environnementaux dans les DSP. Le plan prévoit que 100 % des nouvelles concessions de transport côtier intègrent un critère de décarbonation d'ici 2030.
Financement
Le plan est financé par l'ADEME (appels à projets de décarbonation), la Banque des Territoires (prêts bonifiés), les fonds européens (CEF, FEDER), et les recettes de l'ETS maritime. Le budget total est estimé à 3 à 5 milliards d'euros sur 2024-2030 pour l'ensemble du maritime français, dont 500 millions à 1 milliard pour le transport côtier (détail du financement)[3].
Trajectoire et objectifs français
La Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) fixe l'objectif de neutralité carbone du transport maritime français d'ici 2050, avec un jalon intermédiaire de -40 % d'émissions en 2030 (par rapport à 2008). Le plan de décarbonation maritime, piloté par le Secrétariat général de la mer et la DGAMPA, s'articule autour de quatre leviers : la sobriété (optimisation des vitesses, des routes, du remplissage), l'efficacité énergétique (conception navale, maintenance), les carburants alternatifs (électrique, hydrogène, méthanol, GNL/bioGNL), et les outils de marché (ETS maritime, FuelEU). Pour le transport côtier, le levier principal est le renouvellement de la flotte par des navires à propulsion hybride ou tout-électrique — une transition déjà engagée par plusieurs compagnies pionnières.
L'ADEME et la Banque des Territoires financent des études de faisabilité et des projets pilotes. Le fonds de décarbonation du maritime (200 M€ sur 2023-2027, alimenté par les recettes de l'ETS maritime) soutient l'investissement dans les navires propres. Les appels à projets « Navires du futur » et les programmes européens (CEF Transport, Horizon Europe) complètent le dispositif. Le défi n'est pas tant financier — les subventions existent — que technique (maturité des technologies) et organisationnel (coordination entre armateurs, collectivités, chantiers navals et énergéticiens).
La coordination entre les multiples acteurs — DGAMPA, ADEME, Banque des Territoires, départements, régions, armateurs, chantiers navals, énergéticiens, syndicats — est le véritable goulot d'étranglement. Un navire hybride neuf implique une chaîne de décision de 3 à 5 ans (étude de faisabilité, appel d'offres, financement, conception, construction, formation des équipages). Commencer en 2026 pour livrer en 2030 n'est pas en avance — c'est juste à temps.